C'était une belle enfant
On lui a cousu le sourire
C'était une belle enfant
On l'a laissé pourrir.
Sa prison était pleine de poussière
Et elle priait pour ne pas respirer trop fort,
Car cette poussière était son confort.
Elle ne voulait plus dormir à même la pierre.
Elle arrachait les ailes des moucherons
Pour se confectionner un oreiller,
Mais même les insectes n'osaient s'aventurer
Dans la puanteur amer de sa prison.
Des fois ses parents lui apportaient à manger.
Ils appellaient ça "le jour du repas",
Les restes dont le chien ne voulait pas.
Elle les attendait depuis une éternité.
Un jour, sa mère avait mal refermé la porte,
Elle la poussa, et de ses muscles engourdis,
Traversa la maison, se hâta vers la sortie.
Quel drame qu'elle n'eût pas été plus forte !
La lumière l'aveugla, les sons s'entrechoquèrent,
Elle ferma les yeux mais déjà ils étaient brûlés.
Elle avança en titubant, elle était aveuglée.
Sa mère la rattrapa, ses os se fracassèrent.
Elle gisait là, toute démantibulée,
Tout s'était éteint autour, plus de lumière.
Le jour où elle pu enfin échapper à sa misère,
Quel affreux goùt de liberté lui fût donné !
C'était une belle enfant
On lui a cousu le sourire
C'était une belle enfant
On l'a laissé pourrir.
Pix : moi by James