Singapour est un pays neuf avec une population restreinte : 3 millions d'habitants pour la plupart chinois. Profitant de cette situation exceptionnelle, Lee Kwan Yew, ingénieur et Premier Ministre de 1959 à 1990, a tenté de fonder le premier Etat ordinateur.
Comme il le dit lui-même : "Les citoyens singapouriens sont les puces électroniques d'un ordinateur géant : la République de Singapour." Lee Kwan Yew est un pragmatique. Il a commencé par assurer la sécurité de son petit Disneyland contre ses grands voisins envieux et agressifs : Malaisie (20 millions d'habitants) et Indonésie (200 millions d'habitants), par une armée high-tech equipée des machines les plus sophistiquées. Voilà pour l'exterieur.
Pour l'interieur, il veut que l'ordre règne parmi ses petites puces électroniques. Il range d'un coté la ville touristique, de l'autre la ville économique, et crée ensuite la ville-dortoir.
Les trois sont rigoureusement séparées par une frontière composée de 5 km de pelouse nickel. Il édicte des lois très strictes : interdiction de cracher par terre (1500 francs d'amende), de fumer en public (1500 Fr d'amende), de jeter un papier gras (1500 Fr d'amende), d'arroser ses pots de fleur en laissant de l'eau stagner (cela attire les moustiques : 1500 Fr d'amende), de se garer dans le centre-ville...
L'Etat embaume le savon. Si un chien aboie la nuit, on lui coupe les cordes vocales. Les hommes doivent toujours porter des pantalons même s'il fait chaud. Les femmes doivent toujours porter des bas même en pleine canicule. Toutes les voitures sont équipées d'une sirène interne qui vous assourdit dès que vous dépassez 80 km/h. A partir de 6 heures, il est interdit de rouler seul dans son automobile, il faut transporter ses collègues de travail ou des auto-stoppeurs afin d'éviter les encombrements et la pollution (sinon 1500 Fr d'amende ). Pour connaître les trajets de ses concitoyens, la police a obligé les Singapouriens à placer un émetteur sous leur voiture. Il est ainsi possible de suivre les déplacements de tous les habitants sur un grand tableau lumineux. Dès qu'on pénètre dans un immeuble, il faut donner son nom au gardien qui se tient en permanence devant la porte. La ville entière est truffée de cameras vidéo. Singapour ets une démocratie, mais pour que les gens ne votent pas n'importe quoi, on note leur numéro de carte d'électeur sur leur bulletin de vote. Le vol, le viol, la drogue, la corruption sont passibles de la peine de mort par pendaison. La condamnation au fouet existe toujours. Lee Kwan Yew se considère comme un père pour tous ses administrés. Il emprunte des idées à la fois au communisme et au capitalisme pour ne penser qu'à l'éfficacité. L'Etat encourage l'enrichissement personnel (les Sinagpouriens jouissent du deuxième niveau de vie d'Asie, juste après le Japon, et boursicotent à tout va) mais les logements sont offerts aux étudiants. Tous les cultes sont autorisés, mais la presse est filtrée : pas de journaux parlant de sexe ou de politique. En 1982, Lee Kwan Yew s'apperçoit que, vieux réflexe pas spécifiquement chinois, les hommes intelligents se marient avec des femmes jolies mais bêtes alors que les femmes intelligentes ont du mal à trouver des maris. Il décide donc de donner une prime à quiconque épousera une femme diplômée et d'infliger une amende aux non-diplômées qui dépasseront l'enfant unique. Quant aux analphabètes, ils sont vivement encouragés à se faire stériliser en échange d'une forte somme d'argent. Lee Kwan Yew fait construire des écoles pour surdoués et organise des croisières gratuites pour les gens de niveau d'études très élevé.
Il constate qu'on ne peut bien éduquer que deux enfants à la fois. Le soir, la police téléphone aux familles ayant déjà deux enfants pour leur rappeler de ne pas oublier de prendre la pilule ou d'utiliser un préservatif.
Lee Kwan Yew est parvenu à transformer son Etat expérimental en "Suisse de l'Asie". Pourtant sa police a une limite. Le jeu. "On peut tout faire accepter à un Chinois, sauf de l'empêcher de jouer au mah-jong", admit-il dans une de ses allocutions.
L'Encyclopédie du savoir relatif et absolu
Bernard Werber
Alors, y'en a qui sont tentés ? ^^
Parfois il fait bon vivre en France !